L’ambition de ce séminaire est d’aborder la question de l’exode et du retour (ou de l’arrivée dans le monde rural) au travers l’exemple de plusieurs terrains. Un des plus puissants facteur de changement des sociétés réside dans le passage d’une condition rurale liée à une économie domestique agro-pastorale à un mode de vie urbanisé à dominante marchande et salariale. La distinction entre ruraux et citadins constitue une distinction opératoire pour une grande partie de l’humanité et le phénomène migratoire qui nourrit l’urbanisation est à caractère universel. Si pour l’Europe cette évolution est synonyme de la modernité et de révolution industrielle qui se met en place au XVIIIème siècle, d’autres régions du monde touchées plus tardivement par l’économie de marché connaissent à présent une évolution comparable. Dans un mouvement accéléré, une partie conséquente des populations rurales ont migré vers les villes. Ce phénomène, toujours en cours, constitue selon les pays un des enjeux majeurs de l’histoire contemporaine. La question de l’accès à la terre, de la solvabilité de la cellule familiale, des récoltes, des épizooties, sont autant d’incitation à gagner les villes pour trouver un travail plus sûr et adopter un mode de vie plus en phase avec les aspirations portées par la modernité. Pour autant le lien avec les « racines » n’est pas coupé automatiquement et se met en place une identité composite et complexe où la campagne continue de jouer un rôle. Quel est-il et comment s’organise-t-il ? Comment est vécu le changement de mode de vie et des pratiques sociales lato sensu ? Se développe parfois un sentiment nostalgique qui transforme la mémoire et participe à entretenir un rapport plus ou moins fantasmé au monde rural. Entre départ assumé, identité urbaine reconnue et déni du départ ou volonté de retour, comment se réalise le rapport à une campagne désormais pensée et non plus vécue ; comment se concrétisent les liens avec la campagne : alimentation, voyage, participation festive, amicales, …
Le terme campagne est entendu dans son occurrence large, comme région rurale, ce qui permet d’inclure des sociétés très diverses : il concerne aussi bien le village corse ou cévenol, que la steppe ou la taïga mongole ou le désert mauritanien.
Mais une tendance inverse est également à prendre en compte ; à savoir celle du retour vers le rural de la part des urbains. Pour ne pas avoir trouvé en ville ce qu’ils espéraient, l’individu ou le groupe domestique peut reprendre le chemin des campagnes pour tenter de retrouver un mode de vie qu’il a délaissé. Des générations n’ayant connu que la cité sont, elles aussi, tentées par « l’aventure » rurale soit par soif des espaces non saturés, soit pour renouer avec des activités agricoles ou d’élevage. D’autres populations étrangères au lieu et sans attache particulière avec lui viennent également essayer de s’insérer dans les groupes locaux dans l’espoir d’une amélioration de leur condition.
Par quoi est motivée cette dynamique du retour et quelles représentations des espaces suppose t-elle ? La désillusion et l’échec ne sont-ils pas aussi au bout de ce come back dont les difficultés ont été sous évaluées ? En particulier l’accueil des habitants est-il à la hauteur des espérances ?
Autant de pistes de travail qui pourront être explorées selon les terrains à partir d’entrée territoriales ou sous l’angle de la mobilité sociale. Les traitements seront soit macro (villages, tribus…), méso (familles, …) ou micro (histoire individuelle).
Programmes des journées
Jeudi 15 octobre
10h : début des travaux ; Présentation du thème : Ph. Pesteil ; I. Bianquis
- A. Altangul (Prof.Université d’Oulan Baator) : L’arrivée des kazakhs de la Mongolie vers les villes
- D. Benedetti (Doctorante Université de Corse) : Transhumance et sédentarité en Corse ; l’exemple du vieux Tuarelli (Manso).
- S. Dulam (Prof. Université d’Oulan Baator): Le flux des ruraux vers le centre des villes de la Mongolie
13h : déjeuner
15h : reprise des travaux
- E. Filippova (Prof. Académie des Sciences de Moscou) : Des figures d’une nouvelle ruralité en Russie
- Ph. Pesteil (MCF. Université de Corse) : Départs, retours et installations : le village de l’ancrage au lieu de passage
- F. Clavairolle (Prof. Université de Tours) : Néo-ruraux et nouvelles formes de territorialité en Cévennes.
Vendredi 16 octobre
10 h : début des travaux
- I. Bianquis (Prof. Université de Tours) : La Mongolie entre ville et campagne : imaginaires croisés et circuits d’échanges.
- E. Gherardi (MCF. Université de Corse) : Penser la ruralité de l’école corse.
- P. Le Guirriec (Prof. Université de Tours) : Espaces, temps et fonctions dans l'organisation du périurbain brestois
13 h : déjeuner
15h : reprise des travaux
- T. Fogacci (MCF. Université de Corse) : Pratiques et représentations de la chasse en contexte d’exode rural ; l’exemple de la Gravona.
- A. W. Ould Cheikh (Prof. Université de Metz) : (R)urbanisation, assignation à résidence et nostalgie du futur : les populations du Banc d’Arguin (Mauritanie) et leur environnement
- Linda Gardelle (MCF. ENSIETA Brest) : De la ville à la campagne et de la campagne à la ville : une flexibilité proprement nomade ?
18h : Conclusion / fin de la session
Samedi 17 octobre
journée découverte : Visite de Prumitei et circuit dans le Niolu
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